Société : La noix de cola, une tradition vivante au cœur de la culture tchadienne
Connue localement sous le nom de « goro », la noix de cola occupe une place emblématique dans la société tchadienne. Issue du colatier, cette graine à l’apparence ordinaire recèle une forte charge symbolique et culturelle, partagée par de nombreuses communautés africaines. Au Tchad, elle traverse les générations, les usages et les milieux sociaux.
Lors des cérémonies traditionnelles, notamment les mariages, la cola figure parmi les offrandes incontournables. Pour Hadjara Ousmane, étudiante en master de sociologie, « la cola représente un lien fort entre les deux familles. Elle scelle symboliquement leur union ». Une analyse que partage Mahadi Brahim, son camarade de promotion : « Son goût à la fois amer et sucré symbolise les réalités du mariage : les moments difficiles comme les instants de bonheur. »
Au-delà de sa dimension rituelle, la noix de cola est également consommée pour le plaisir. Mahamat Moussa, habitant du quartier Chagoua, confie : « J’en mange souvent après un bon repas. Cela me procure du plaisir. » David, consommateur occasionnel, abonde dans le même sens : « C’est amer, mais parfois c’est amusant d’en manger. »
Pour Emmanuel, vendeur ambulant rencontré à Dembé, la commercialisation de la cola constitue une source de revenus non négligeable. « Il faut parcourir les quartiers pour trouver des clients, surtout dans les maquis. Le prix varie entre 50 et 150 FCFA selon la qualité », explique-t-il. La cola rouge, plus rare, est généralement plus onéreuse que la blanche.
Autrefois symbole de fertilité chez les anciens, la noix de cola est également créditée de vertus thérapeutiques par certains consommateurs. Sa vente, bien que modeste, demeure une activité génératrice de revenus pour de nombreuses personnes.
Entre usage rituel, consommation personnelle et valeur économique, la noix de cola conserve ainsi une place singulière dans le quotidien et l’imaginaire collectif des Tchadiens.
TWM/ Izadine Idriss Nahor, stagiaire

