Tchad : Sur les réseaux sociaux, le soutien affiché devient une stratégie d’opportunité
Au départ, les réseaux sociaux étaient perçus comme un simple moyen de communiquer, de s’informer et de partager librement ses idées. Au Tchad, comme ailleurs, de nombreux jeunes y accèdent pour suivre l’actualité, échanger avec leurs proches ou se divertir. Mais au fil du temps, ces plateformes ont pris une dimension différente pour certains utilisateurs.
Aujourd’hui, il n’est pas rare que Facebook souvent surnommé le « réseau bleu », devienne un espace où l’on cherche surtout à attirer l’attention de personnalités influentes ou de responsables publics.
À Ndjari Kaouasse, dans le 8ᵉ arrondissement de N’Djaména, Isidore fait partie de ces jeunes particulièrement actifs sur les réseaux sociaux. Il publie régulièrement, partage les interventions de responsables publics et commente presque toutes les publications liées aux autorités. Derrière cette activité soutenue se cache, selon lui, un objectif bien précis : se faire remarquer.
« Avec les temps difficiles et le chômage, il faut savoir comment s’insérer », explique-t-il en souriant. En arabe tchadien, il résume sa pensée par une expression populaire : « ti douga rassak ley tamourouk ma nassa mafi dah ti moute fagarane », signifiant que face aux difficultés de la vie, chacun doit trouver un moyen de se débrouiller.
Mahamat, employé dans un ministère, estime lui aussi que les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle dans les parcours professionnels. Selon lui, certains agents utilisent ces plateformes pour afficher publiquement leur soutien à leur hiérarchie ou aux autorités. « Parfois, pour évoluer, il faut se faire remarquer. On ne sait jamais… une promotion peut aussi venir de là », confie-t-il.
Pour certains observateurs, ce comportement s’apparente à une nouvelle forme de « doungouroutisme », mais dans sa version numérique. Autrement dit, une manière d’exprimer publiquement son soutien ou sa loyauté dans l’espoir d’obtenir, un jour, une opportunité ou un avantage.
D’autres, en revanche, y voient simplement une adaptation à la réalité sociale du pays. Dans un contexte marqué par un chômage élevé et des opportunités limitées, de nombreux jeunes cherchent des stratégies pour se rendre visibles et multiplier leurs chances.
Qu’il soit critiqué ou compris, ce phénomène révèle une transformation notable du rôle des réseaux sociaux. Au-delà d’un simple espace d’échange et d’information, ils deviennent pour certains un terrain où se jouent les ambitions, les espoirs et parfois les stratégies de survie d’une jeunesse en quête d’opportunités.
TWM / ATT

