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Migration : Le maintien des jeunes tchadiens dans leur pays, un défi permanent

La question de la migration reste de nos jours l’un des sujets qui défraient la chronique et tous les médias. Pour le cas du Tchad, la couche la plus touchée par ce phénomène ces dernières années, est sans doute celle des jeunes qui souhaitent quitter leur pays pour obtenir une vie meilleure ou poursuivre leurs études ailleurs.

Bon nombre de jeunes sont séduits par cette aventure, c’est-à-dire traverser le Nord du Tchad en passant par la province du Batha pour parvenir au Sahara, puis la Libye jusqu’à la destination finale qui est l’Europe.

Bien que cette aventure existait depuis fort longtemps, mais force est de constater qu’elle a pris une allure inquiétante ces dernières années, surtout après la dégradation de la Libye.

Désormais, les jeunes diplômés sans emploi, débrouillards et villageois restent les plus confrontés au flux migratoire avec pour but d’atteindre l’Europe quelle que soit la souffrance, les tortures et autres types de violences, sans mesurer l’ampleur.

Crédit photo : OIM

Depuis le début de ce mois de juin, une dizaine de migrants subsahariens dont des tchadiens, sont massacrés à la frontière Espagnoles Ceuta-Melilla par la police marocaine. Un bilan provisoire a été donné faisant état d’environ 23 morts. Des vidéos et images qui irritent la sensibilité circulent sur les réseaux sociaux. Dans cette histoire, c’est le silence incrédule des médias qui est irritant.

En date du 24 février 2022, 160 Tchadiens sont rentrés sains et saufs à N’Djamena depuis Tripoli grâce au soutien de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans le cadre de son Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants. Le groupe de migrants de retour, qui comptait 14 femmes et filles, était bloqué en Libye depuis quelques mois.

Où se trouve le vrai problème face à cette aventure ?

Parents, jeunes migrants, potentiels et les autorités sont tous responsables et à la fois complices dans cette histoire. Très souvent, on jette la responsabilité sur les jeunes, ignorant parfois les causes qui pourraient les pousser à prendre des décisions unilatérales.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, des jeunes diplômés désespérés de leur pays et du sous-développement, se plaignent tous les temps dans les carrefours et n’ont qu’à la bouche une seule phrase « Tu finis tes études, et dans ton propre pays tu ne trouveras pas d’embauche ! Quelqu’un fera tout partir en Europe et gagner une vie meilleure que celle-ci ».

En effet, beaucoup de jeunes tchadiens fuient le plus souvent la pauvreté accentuée par les conditions de vie très difficile. Poussés par l’espoir de rallier l’Europe, espérant une vie meilleure à l’abri de la faim, ils se font exploiter, maltraiter, brutaliser, emprisonner, et même tuer sur le chemin de « l’espoir ». Ils subissent des traitements dégradants et inhumains dans leur pays d’accueil. Le cas le plus touchant, c’est les enfants mineurs qui sont souvent victimes de cette aventure.

Crédit photo : OIM

Anne Kathrin Schaefer, Cheffe de mission de l’OIM au Tchad a déclaré que : « Le Tchad est l’un des pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique et de la dégradation de l’environnement où les conditions climatiques extrêmes comme les inondations ou les sécheresses soudaines affectent les moyens de subsistance et obligent les populations à migrer à la recherche de moyens de subsistance alternatifs ».

L’Histoire d’un jeune abandonnent ses études

C’est le cas de Adoum Khamis Mahamat, jeune orphelin de père, qui a quitté la ville où il vivait en parfaite harmonie avec ses parents à Mongo, dans la province du Guéra. Il abandonne ses études en classe de seconde littéraire (2015- 2016), laissant sa famille dans une inquiétude énorme et douloureuse.

Ce jeune homme se trouve actuellement à Tripoli après plusieurs tentatives de traverser la méditerranée pour rejoindre l’Europe, mais en vain.

Il a accepté de nous parler via WhatsApp sur les raisons majeures de sa migration.
Lorsque nous lui avons posé la question, le jeune répond en ces termes : « La migration irrégulière est certes une pratique dangereuse, mais je me suis retrouvé dans l’obligation de choisir ce dur chemin puisque ma mère n’a pas les moyens de financer mes études, car mon papa est mort. Je partais souvent sans rien en poche à l’école et une fois fini à 12h, je repars dans un atelier de mécanique, mais il n’y a rien comme travail. Et avec cette allure si j’ose continuer mes études je serais toujours rattrapé par les réalités financières, or entretemps j’ai des amis avec qui nous échangeons beaucoup plus sur Facebook, qui ont réussi à traverser la méditerranée et aujourd’hui ils peuvent tranquillement visiter les pays Européens. Donc je ne voyais pas le mauvais côté de la migration ».

Jeune interviewé à distance Photo prise à
Tripoli ou il se trouve actuellement

Aussi le jeune nous explique que durant leur trajet dans le désert, ils étaient surpris que pendant le voyage, ils étaient surpris que le monsieur qui conduisait s’arrêta brusquement. Ils se retrouvent dans un enclos où il y avait presque deux mille personnes qui parlaient l’arabe, le bambara, le bassa et d’autres langues d’Afrique. Et au bout de quelques, d’autres voitures viennent avec des hommes armés pour choisir parmi eux en disant « tous les hommes à terre à terre ! »

« On m’a amené dans une ville où j’étais esclave pendant 6 mois. Je voyais des filles qui se font violer. C’est par la suite que j’ai réussi à m’en fuir pour rejoindre la ville de Tripoli d’où j’ai tenté à plusieurs reprises de traverser pour l’Europe, mais sans suite. Dieu est grand, chacun à ses chances et un jour j’irai, mais je compte pas retourner au pays, car rien ne marche bien là-bas. Même étant à Tripoli ici je me débrouille un peu et j’envoie souvent de l’argent à ma mère », rétorque-t-il.

Moussa Tahir Mahamat Abballah

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