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Mort de Deby: Sans enquête, ses successeurs auront-ils de légitimité #TWM

Le 20 avril 2021, un groupe de 15 généraux débarque sur les écrans de la Télé Tchad, dans une déclaration lumineuse et préparée d’avance, le porte-parole du groupe, le Général Azem Bermandoa annonce la mort du président Maréchal Idriss Deby Itno, 10 jours après les élections présidentielles et une nuit après que la commission électorale l’a déclaré vainqueur.

En même temps, les généraux annoncent la création du Conseil Militaire de Transition avec à sa tête le fils du défunt Maréchal Mahamat Idriss Déby pour conduire le pays pendant 18 mois, ceci après que le président de l’assemblée nationale Dr Haroun Kabadi aurait refusé d’assumer ses responsabilités constitutionnelles pour des raisons disent-ils sanitaires.

Dr Haroun Kabadi, Président du conseil national de transition

Une onde de choc pour des millions des tchadiens qui ont appris la disparition dans des circonstances méconnues de celui qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant plus de 30 ans.

Dans les jours qui ont suivi sa mort, beaucoup de théories ont été avancées par les uns et les autres. Certains ont déclaré qu’il aurait été tué dans « une clash entre les militaires loyaux », d’autres soutiennent qu’il aurait été tué par les rebelles lors des combats comme la version officielle.

Ces incertitudes sur les circonstances de sa mort viennent de plusieurs facteurs.

D’abord le communiqué du désormais membres du CMT composés de 15 généraux qui déclare que « le président est mort de suite de ses blessures au front » sans donner des détails bien claires.

Les membres du conseil militaire de transition lors de la prise du pouvoir

Le doute a été semé dans la conscience des citoyens tchadiens quand le journaliste Alain Foka déclare sur les antennes Rfi et France 24 que « le Maréchal aurait été assassiné par des proches dans son palais ». Outre la version d’Alain Foka, le Général Stephen Townsend chef de Commandement Militaire Américain en Afrique (AFRICOM) auditionné par le sénat américain a émis « des doutes sur la version officielle de la mort de Déby ». Aussi, le facteur que le leader du FACT Mahadi Mahamat qui s’est rétracté plusieurs fois sur les médias internationaux sur la responsabilité de son mouvement dans la mort de Déby.

Mahamat Mahdi Ali, Leader du FACT

Dans une version venant des sources sécuritaires tchadiennes, il est dit que le président Déby aurait été tué à cause de la « négligence de sa sécurité personnelle » qui aurait failli.

Cette version dit que sa sécurité ne l’aurait pas protégé dans une « voiture blindée répondant au standard ». Mais tout tchadien connaît comment est protégé Déby qui, quand il bouge de son palais, toutes les routes sont bloquées pendant des heures sans oublier les escadrons légers qui suivent son convoi.

Deux semaines après sa mort précisément le 5 mai 2021, la justice a été saisie afin de faire la lumière sur cette affaire. Cette enquête devrait situer les tchadiens sur la mort de l’ancien président.

Après plusieurs mois, aucune communication n’a été faite ni par la justice ni par les autorités sur le déroulement de l’enquête. Entre temps, le président du Conseil Militaire de Transition le Général Mahamat Idriss Déby a été relancé sur l’enquête par la chaîne Al Jazeera où il a déclaré « bientôt les résultats seront dévoilés ».

Gal. MAHAMAT Idriss Deby, Président du CMT

Il a fallu attendre le 20 avril 2022 une année jour pour jour, pour que le Procureur Général de la Cour suprême, Guiralta Yadjibert, s’exprime sur les évolutions de l’enquête ouverte en mai 2021. Celle-ci porte sur les « 433 éléments du mouvement FACT arrêtés et poursuivis pour actes de terrorisme, enrôlement d’enfants, mercenariat, atteinte à l’intégrité et à la sécurité nationale, et assassinats notamment du Maréchal du Tchad Idriss Deby Itno ».

Mais cette déclaration du procureur démontre clairement quel chemin prendre pour mener l’enquête. Aucune responsabilité n’est située sur la défaillance de la sécurité tchadienne ni les autres pistes et doutes évoqués plus haut.

Procurer Général auprès de la Cour Suprême

Une année après, la confusion demeure intacte. Le public ne connaît encore rien de la mort de Déby : « Le jour de sa mort, comment il est mort, quel type de calibre ou explosion l’a touché ou encore comment son service de sécurité a failli à le protéger sur le terrain ».

Une sorte d’omerta à la sicilienne s’est installée sur la mort du Maréchal Idriss Déby Itno comme c’est fut le cas pour le premier président Tombalbaye ou encore d’autres hommes politiques morts dans des circonstances suspicieuses.

Le cruel dans le déroulement des événements, aucune autopsie n’a été faite sur le corps afin de permettre à la justice de situer les faits.

Il est vrai qu’une enquête en cours nécessite des secrets d’instruction, mais nous parlons de la mort d’un président et en plus dans des circonstances méconnues donc, le minimum pour la justice est d’accélérer la procédure.

Le plus édifiant, le MPS parti Politique du défunt n’a jamais fait des déclarations pour pousser à une enquête depuis une année. Les leaders de l’ancien parti au pouvoir, se contentent de déclarer « le deuil » sans jamais mentionner une enquête ou demander une justice pour leur fondateur.

La famille biologique est dans la même logique, aucune déclaration. L’ancienne première dame Hinda Déby qui a fini par réapparaître sur les réseaux sociaux après plusieurs mois de deuil a pris le temps de rendre hommage à son défunt époux sans rien de plus.

Il est vrai que certains tchadiens reconnaissent dans Déby sa hargne à aller au front avec ses hommes et a pris part à des dizaines de combats au cours de sa carrière depuis les années 1979. Il a survécu à plusieurs coup d’Etats et a été l’un des hommes le plus protégé d’Afrique, mais les circonstances de sa mort entre le 18 et 20 avril 2021, demeurent floues à ce jour comme c’est fut le cas avec le président Tombalbaye un soir du 13 avril 1975.


Analyse de Adoum I. Touka

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