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Tchad: Ces hommes en treillis à la tête du CMT, qui sont-ils ?

Profil des nouveaux maîtres de N’Djamena . Par Jeune Afrique

Depuis le 20 avril et l’annonce du décès d’Idriss Déby Itno, le Tchad est dirigé par un conseil militaire de transition conduit par Mahamat Idriss Déby. Le fils du président défunt est entouré de quatorze généraux. Des fidèles de la famille Déby aux technocrates de l’ombre, J.A. fait les présentations.

Chef du Conseil militaire de transition (CMT), Mahamat Idriss Déby (au premier rang, à gauche sur la photo) occupe désormais, selon la charte publiée ce 21 avril, la fonction de président de la République. Le général, fils du défunt Idriss Déby Itno (IDI) dont le décès a été annoncé le 20 avril, est le nouvel homme fort de N’Djamena et ce, pour une durée de dix-huit mois, prorogeable une seule fois.
Le patron de la Direction générale des services de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE) a rassemblé autour de lui la plupart des cadres de l’armée et des hauts gradés les plus fidèles de son père. Quatorze généraux forment ainsi avec lui le CMT (qui sera dans les prochains jours accompagné d’un conseil national et d’un gouvernement de transition). Jeune Afrique vous présente les nouveaux maîtres du Tchad.

Taher Erda

C’est l’un des hommes de confiance d’Idriss Déby Itno. Taher Erda est surtout le directeur des renseignements militaires, un poste stratégique au moment où le maréchal des armées tchadiennes vient de décéder et où l’unité des soldats pourrait être remise en question. Ex-patron de la police, ancien chef d’état-major des armées, il avait rejoint IDI quand ce dernier était entré en rébellion contre Hissène Habré en 1989.

Après l’avoir intégré à la sécurité présidentielle, le président l’avait envoyé dans le Tibesti, sa région natale, pour lutter contre la rébellion de Youssouf Togoïmi, au début des années 2000. Le général de corps d’armée Erda est en outre un membre de la famille Déby. Ce Zaghawa est apparenté aux frères Erdimi, et son propre frère, Hamid, est marié à l’une des filles d’Idriss Déby Itno.

Ahmat Youssouf Mahamat Itno

Neveu d’Idriss Déby Itno, le directeur général de la police (nommé en février 2020) est un proche de Mahamat Idriss Déby, avec qui il a officié sur quelques théâtres d’opération (il a notamment combattu autour du lac Tchad). Ancien premier adjoint du chef d’état-major général des armées, passé par la direction des renseignements militaires, Ahmat Youssouf Mahamat Itno est le frère cadet d’Abakar Youssouf Itno.

Cet ex-chef d’état-major de l’armée était très proche de l’ancien président. Il a été tué en mars 2006 à Moudeïna dans de violents combats contre les rebelles du Rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL) de Mahamat Nour Abdelkerim. C’est à partir de cette époque qu’IDI a pris Ahmat Youssouf Mahamat Itno sous son aile et lui a fait gravir les échelons de la hiérarchie militaire.

Abakar Abdelkerim Daoud

Dernier chef d’état-major général des armées d’Idriss Déby Itno, cet officier zaghawa de 53 ans originaire du Wadi Fira a été aux côtés de l’ancien président tchadien dès l’époque de la rébellion contre Hissène Habré. Après avoir été l’un des hommes chargés de la protection d’Hassan Djamous, Abakar Abdelkerim Daoud a été le garde du corps du chef de l’État avant de s’élever peu à peu au sein de l’armée. Kirekeyno (« celui qui ne fuit pas », en zaghawa) a occupé le poste de chef de la sécurité présidentielle dès 1991 avant de diriger la garde présidentielle un an plus tard.

Blessé dans des combats autour du lac Tchad en 1992 et soigné en France pendant plus d’un an, il a ensuite commandé les blindés de la présidence, puis la garde présidentielle. Successivement patron de la gendarmerie, chef d’état-major de l’armée de terre, conseiller au ministère de la Défense et chef d’état-major des armées, ce général de corps d’armée est réputé pour sa connaissance de l’ancienne région du Borkou-Ennedi-Tibesti.

Souleyman Abakar Adoum

Dernier ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration d’Idriss Déby Itno, il a commandé le centre des opérations militaires du chef de l’État lors des événements de février 2008, alors que les rebelles étaient arrivés aux portes de la présidence. Souleyman Abakar Adoum a aussi occupé des postes de commandement à l’étranger, notamment en Centrafrique en 2014.

Ce général de division a dirigé le Groupement mobile d’intervention pour la sécurisation des frontières. Passé par l’École de guerre de Paris, comme Idriss Déby Itno bien avant lui, il a été chef d’état-major particulier adjoint au ministère des Armées, puis chef d’état-major particulier au ministère de la Défense.

Mahamat Ismaïl Chaïbo

Cet ancien chef de l’Agence nationale de sécurité mais aussi des renseignements militaires dispose de l’un des meilleurs réseaux du pays. Actuel ministre de l’Administration du territoire, cet ancien conseiller d’IDI à la sécurité dispose à Paris d’un bon entregent à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, renseignements français).

Mahamat Ismaïl Chaïbo est par ailleurs le cousin d’Hassan Borgo, un proche des services de sécurité soudanais. Très précieux à N’Djamena pour ses liens avec Khartoum et ses connexions au sein des services de sécurité soudanais, il appartient aussi à la famille de Jibril Abdelkarim « Tek », un ancien poids lourd zaghawa de la rébellion darfourie du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM).

Bichara Issa Djadallah

Dernier chef d’état-major particulier du défunt président, dont il a également été le conseiller à la sécurité et aux affaires militaires, il a par deux fois détenu le portefeuille de la Défense. Particulièrement important en raison de ses relations avec le Soudan, il est le cousin maternel de Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemetti, ex-leader des Djandjawids devenu vice-président du conseil militaire au pouvoir à Khartoum.

Ex-gouverneur du Ouaddaï (où il faisait figure d’homme de confiance d’Idriss Déby Itno), Arabe allié de longue date des Déby, il est aussi un interlocuteur régulier des différents ministres de la Défense français depuis une décennie. Bichara Issa Djadallah a également été directeur du cabinet civil d’IDI. À l’époque, son adjoint n’était autre que le fils de ce dernier, Zakaria Idriss Déby.

Oki Mahamat Yaya Dagache

Ancien ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, il est le dernier conseiller à la défense et à la sécurité d’Idriss Déby Itno. Général de corps d’armée de longue date, il était l’un des principaux relais de l’ancien président dans la région du Tibesti, où le chef de l’État faisait régulièrement face à la fronde des notables locaux.

Oki Mahamat Yaya Dagache (originaire du Tibesti) a été envoyé à plusieurs reprises dans le Miski pour mener des négociations et éviter la confrontation avec les mécontents de la région, tout comme l’ancien président Goukouni Weddeye. Il a également occupé des postes au sein de la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (Minurcat).

Mahamat Nour Abdelkerim

Ce Tama du Ouaddaï était depuis 2019 conseiller spécial d’Idriss Déby Itno. Membre de la rébellion d’IDI contre Hissène Habré en 1990, il a été nommé préfet de Biltine avant de se retourner contre IDI en 1994 au côté de son oncle, Mahamat Garfa, qui s’est lui rallié au régime en 2003. En s’appuyant sur ses connexions au Soudan, Mahamat Nour Abdelkerim a cependant continué la lutte en espérant concurrencer les autres rébellions, notamment celle des frères Erdimi.

En 2006, il a participé à l’offensive du Front uni pour le changement (FUC) sur N’Djamena. Il a ensuite signé un accord de paix avec le président Déby Itno en décembre 2006, avant d’être nommé ministre de la Défense, poste qu’il n’occupera que quelques mois. Longtemps exilé, il est revenu au pays après des négociations avec Idriss Déby Itno, qui en a fait un conseiller à la présidence.

Azem Bermandoa Agouna

Pour tous les Tchadiens, il restera le militaire qui a annoncé au pays que le maréchal Idriss Déby Itno avait « rendu son dernier souffle », le 20 avril en fin de matinée.

Azem Bermandao Agouna, promu général récemment, est depuis de nombreuses années le porte-parole de l’armée tchadienne et entretient à ce titre un important carnet d’adresses dans les médias et les organisations internationales. Il devrait être la voix du CMT et son relais après du grand public.

Djimadoum Tiraina

Au premier rang, à la gauche de Azem Bermandoa Agouna.
Jusqu’au décès du président Idriss Déby Itno, ce général de division était ministre délégué à la Présidence, chargé des armées, des anciens combattants et des victimes de guerre. Intégré au Conseil militaire de transition, il y occupe la place de vice-président et devrait en être l’un des visages auprès des diplomates, auxquels il s’est adressé dans la soirée du 20 avril, après l’annonce du décès d’IDI.

Djimadoum Tiraina leur a assuré que le CMT ne cherchait « nullement à s’accaparer le pouvoir ». « Le pouvoir sera rendu à un gouvernement civil à l’issue d’élections libres et démocratiques dans un délai de dix-huit mois », a-t-il précisé, avant d’ajouter que « le Conseil militaire de transition sera le garant des traités et accords internationaux et divers engagements pris par le Tchad ».

Amine Ahmat Idriss

Ce général est un ancien de l’École des officiers interarmées, comme Mahamat Idriss Déby, dont il est proche – les deux hommes sont de la même génération. Amine Ahmat Idriss a également suivi une formation à Syzran, l’un des principaux centres de perfectionnement de pilotes d’hélicoptères militaires en Russie, avant de poursuivre ses classes d’officiers à l’École de guerre de Paris notamment.

Il a été nommé chef d’état-major de l’armée de l’air en août 2019. Il y a pour adjoint le colonel Hassan Idriss Déby, fils d’IDI et frère de Zakaria Idriss Déby.

Guiele Hemchi

Cet ancien conseiller administratif et financier au ministère de la Défense dispose de plusieurs atouts pour le CMT. Ayant exercé des postes de commandement au sein de la Force mixte Tchad-Soudan, il a conservé des relations chez le voisin soudanais.

Considéré comme un technocrate expérimenté, Guiele Hemchi est aussi un fidèle de longue date du système Déby. En outre, il a le bras long au sein de la notabilité gorane tchadienne et en particulier auprès de la communauté anazaka, dont font également partie le rebelle Mahamat Nouri et Hissène Habré.

Gamane Mokhtar

Officier doté d’une grande expérience, il a participé à la rébellion d’Idriss Déby Itno et à la fondation du Mouvement patriotique du salut (aujourd’hui au pouvoir).

Le général Gamane Mokhtar a fait l’essentiel de sa carrière au sein de la gendarmerie et au Détachement intégré de sécurité, une unité spéciale composée de policiers et de gendarmes tchadiens chargée d’assurer la sécurité des réfugiés et des déplacés.

Saleh Ben Haliki

Il est contrôleur général des armées depuis février dernier. Formé à l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam, au Tchad) puis au Cours supérieur du commissariat et d’administration militaire de Montpellier, en France, il est considéré comme un technocrate au sein de l’armée, où il officie depuis plus de deux décennies.

Saleh Ben Haliki a notamment occupé le poste de directeur général de l’intendance militaire.

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