fbpx

Au Moyen-Orient et en Afrique du nord, la technologie façonne le futur de l’agriculture

Nous nous proposons un article de nos confrères du site africanews.com sur l’agriculture et l’innovation.

Cette semaine Inspire Middle East s’intéresse à l’agrotechnologie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous verrons comment les Émirats arabes unis développent des alternatives locales aux aliments importés, et comment la Tunisie s’appuie sur la technologie pour aider les agriculteurs à accroître et à rendre plus durables leurs exploitations.

Aux Émirats arabes unis (EAU), la sécurité alimentaire est une priorité nationale, puisque le pays est presque entièrement dépendant de ses importations de nourriture. En perturbant les chaînes d’approvisionnement, la pandémie de Covid-19 a ravivé les inquiétudes, et engendré un nouveau débat sur la meilleure manière de favoriser l’agriculture locale et d’encourager l’innovation agricole.

En raison des fortes chaleurs en été, de la faible pluviométrie et des sols principalement désertiques, les activités agricoles des EAU ont toujours été limitées à de petites zones. Mais cela pourrait bientôt changer.

Un sol artificiel pour cultiver des céréales aux EAU

L’Université Khalifa d’Abu Dhabi est en train de développer un « sol artificiel« , pour y planter des cultures et de la végétation. Par sa texture, sa porosité et sa fertilité, ce sol ressemble à la terre de Thaïlande ou d’Ukraine. S’il est agréé, il pourrait bouleverser le secteur florissant de l’agriculture locale aux Émirats arabes unis.

Le climat des EAU étant toutefois très différent de ces régions du monde, les agriculteurs devront accorder une attention particulière au sol artificiel, comme l’explique le Dr. Saeed Al Khazraji, professeur à l’Université de Khalifa, et qui a contribué à lancer le projet de sol artificiel dans la capitale.

« Les agriculteurs doivent être conscients que toutes les cultures ont besoin d’être traitées d’une manière spécifique pour leur permettre de maximiser leur rendement. Par exemple, si vous voulez faire pousser une plante difficile à cultiver aux Émirats arabes unis, vous devrez peut-être utiliser une serre en même temps que le sol que nous fabriquons. Le sol lui-même est constitué de 80 à 90% de sable du désert. Et le reste est l’élément clé qui nous permet d’avoir des caractéristiques personnalisables. »

D’après le Dr. Saeed Al Khazraji, cette innovation pourrait aider les agriculteurs du pays à cultiver des céréales très gourmandes en eau : « Il y a beaucoup de cultures qui sont difficiles à faire pousser aux Émirats arabes unis, des produits qui servent à nourrir les gens, comme le riz ou le blé. Le sol que nous avons développé nous permet de mieux gérer l’eau nécessaire pour faire pousser ce type de culture, car il nous permet d’avoir une meilleure rétention d’eau que le sol typique des Émirats. »

Sharjah, foyer d’innovation agricole

Le riz est un aliment de base vital dans le pays. Le ministère du Changement climatique et de l’Environnement a donc récemment annoncé un projet de recherche commun avec la République de Corée, pour cultiver du riz dans le désert. Il s’agit de la première initiative du genre dans la région.

Les résultats préliminaires ont été positifs. Pour le ministre de l’Environnement, si ce projet révolutionnaire réussit à grande échelle, il pourrait façonner le futur de l’agriculture.

L’initiative a été lancée à Sharjah, un foyer d’innovation agricole qui abrite également le Parc d’innovation et de recherche technologique (SRTI Park). Ce lieu soutient les agriculteurs et exploite les nouvelles technologies pour produire des aliments locaux durables, tout au long de l’année.

Le parc comprend notamment une ferme de 150 mètres carrés et un agro-tunnel Merlin, capable de produire mensuellement une tonne de fruit et de légumes biologiques, irrigués par de l’eau de mer dessalée à l’énergie solaire. Le PDG de SRTI ¨Park, Hussain Al Mahmoudi, estime qu’environ 30% de la nourriture des Émirats arabes unis sera produite localement, dans les cinq prochaines années. Nous l’avons interviewé pour en savoir plus.

Rebecca McLaughlin-Eastham, Euronews : L’agrotechnologie aide des pays à travers le monde à devenir plus autosuffisants en terme d’alimentation durable, qu’il s’agisse d’hydroponie, d’aquaponie ou d’agriculture verticale. Votre parc intègre toutes ces innovations. Laquelle a le plus grand impact actuellement ?

Hussain Al Mahmoudi, PDG de SRTI Park : Depuis la création du parc, nous avons commencé à promouvoir la technologie hydroponique, aquaponique et l’agriculture sous tunnel. Ces technologies ont toutes décollé. Aujourd’hui, nous voyons de grandes exploitations agricoles aux Émirats arabes unis utiliser l’hydroponie et l’aquaponie, et d’autres types de technologies. En ce moment par exemple, nous utilisons l’intelligence artificielle pour étudier le fonctionnement de l’aquaponie par rapport à la nourriture et aux poissons, et la façon dont ces derniers se déplacent et la quantité de nourriture qu’ils consomment.

Parlez-moi de la viabilité économique de la production alimentaire de masse aux Émirats. Comment les coûts de production et de récolte, par exemple, peuvent-ils être réduits pour que ces efforts en valent vraiment la peine ?

Je pense que c’est réalisable, car les EAU disposent d’une grande quantité de terres. Beaucoup d’agriculteurs des EAU, en particulier les agriculteurs nationaux, obtiennent des terres gratuitement, et on peut ajouter à cela le coût relativement faible des activités commerciales, par rapport à d’autres régions du monde. Et aussi les fantastiques infrastructures dont nous disposons ici en termes de ports et d’aéroports, de stockage et autre.

Les Émirats font partie des principaux pays importateurs de riz. Le riz cultivé à Sharjah pourrait-il changer la donne pour l’industrie alimentaire ?

Je pense que nous pouvons jouer un rôle stratégique en cultivant du riz et en utilisant nos terres. Nous avons les infrastructures et les institutions nécessaires pour devenir un réel acteur régional dans la production de riz et pour assurer les éléments de sécurité alimentaire. Ce type de projet produit également de nouvelles opportunités commerciales.

En Tunisie, « Smartbee » vole au secours des abeilles

Le réchauffement climatique a un impact considérable sur l’agriculture des pays d’Afrique du Nord. Selon rapport publié en 2016 par la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la sécheresse pourrait faire baisser de 30% les ressources en eau de la Tunisie, au cours des dix prochaines années.

La FAO prévoit également un déclin important de la végétation, ce qui pourrait mettre en danger la vie des insectes pollinisateurs, notamment les abeilles. Pour tenter de relever ces défis, la Tunisie encourage la création d’entreprises spécialisées dans l’agrotechnologie.

En 2016, Khaled Bouchoucha, un ingénieur de 36 ans, a créé un appareil électronique appelé « Smartbee« , qui surveille et protège les abeilles au quotidien. « L’idée de construire un appareil technologique pour les abeilles m’est venue en 2011. Mon père est apiculteur, et cet hiver-là, nous avions perdu beaucoup d’abeilles. C’était à cause du niveau élevé d’humidité, donc j’ai eu l’idée de construire un système de ventilation pour la ruche », indique le PDG de l’entreprise Iris Technologies.

Selon l’Agence nationale pour la promotion des investissements agricoles, la Tunisie comptait en 2019 12 000 apiculteurs. Khaled Bouchoucha s’adresse à ceux qui possèdent au moins 50 ruches, soit près de 80% des apiculteurs du pays. Avec un capital de départ de 300 000 dollars seulement, il a réalisé plus de 50 000 dollars de ventes en 2019. Son invention a été un véritable succès.

« La production de miel est bien meilleure qu’avant, plus organisée. Je n’avais aucune idée de la quantité de miel que les abeilles pouvaient produire, mais avec cet appareil, c’est beaucoup plus simple », raconte l’apiculteur Walid Alhamdi.

Réduire de moitié la consommation d’eau sur les exploitations

Comme les abeilles, l’eau est indispensable aux plantes. En 2018, un rapport de la Banque mondiale indiquait qu’en Afrique du Nord, plus de la moitié de la consommation d’eau dépasse la quantité naturellement disponible. « Aujourd’hui, l’eau est un problème pour nous, les agriculteurs, en Tunisie. Elle devient plus rare, et la qualité et la quantité de l’eau diminuent », témoigne ainsi l’agriculteur Mahmoud Bouassida.

Yasser Bououd, ingénieur de 40 ans, a trouvé un moyen de réduire la consommation d’eau des exploitations agricoles, grâce à un logiciel relié à des capteurs électroniques plantés dans le sol et associés à des pompes à eau. Et pour faciliter l’utilisation, les agriculteurs peuvent accéder à distance à cette technologie via leur téléphone. Il a fallu à M. Bououd quatre ans et 150 000 dollars pour créer son entreprise Ezzayra Solutions, qui est utilisée aujourd’hui dans 100 exploitations.

« Le système IGS aide les agriculteurs à contrôler leur irrigation, grâce à des méthodes scientifiques. Cela les aide à préserver les ressources hydrauliques. Dans certains fermes, nous avons réussi à réduire de moitié la consommation d’eau », indique Yasser Bououd, PDG d’Ezzayra Solutions.

Le gouvernement tunisien soutient financièrement l’entreprise de Yasser Bououd depuis 2015, de même que 12 autres startups, comme l’explique Faycal Ben Jaddi, directeur de l’Institut national d’agronomie de Tunisie : « De notre point de vue, nous avons encouragé le développement non seulement de start-ups mais aussi de jeunes ingénieurs qui cherchent à lancer leur propre projet. »

Le gouvernement tunisien espère que dans les années à venir, davantage d’innovateurs se mettront en avant, pour aider le pays et son secteur agricole à surmonter les défis environnementaux et à continuer à contribuer de manière importante au PIB national

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *