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Tchad: Les étudiants en Médecine à l’université d’Abeché écrivent au Maréchal du Tchad

Lettre ouverte au Maréchal du Tchad, Idriss DÉBY ITNO, Président de la République, chef de l’État

Maréchal du Tchad,

Nous, étudiants en médecine de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université Adam Barka d’Abéché, venons par la présente missive vous exprimer nos vives inquiétudes et exprimer un légitime mécontentement de la situation que traverse particulièrement notre Faculté.

C’est suite à des événements relevant de la nonchalance de la hiérarchie universitaire dans la gestion de la Faculté de Médecine et l’inertie dans l’expectative que nous, étudiants de ladite faculté, empruntons le chemin menant à vous via cette missive. Nous n’avons pas la prétention d’apporter des solutions aux problèmes, mais de vous informer de la situation malencontreuse qui paralyse notre faculté.

Pour rappel, la Faculté des Sciences de la Santé a été créée par un décret présidentiel n°257/PR/PM/MESRSFP/2011 du 25 mars 2011 et a ouvert ses portes la même année. Après presque une décennie, aucun étudiant n’a décroché son parchemin. La première promotion, contre vents et marées, se trouve quand même en 7e année et compte être au service de la Patrie à la fin de cette année. Mais faudra-t-il attendre encore une décennie pour voir les cadets arriver à ce niveau ?

Depuis le déploiement de nos ainés, les difficultés et les conditions d’études n’ont pas du tout changé. Les problèmes d’antan demeurent et sont devenus calamiteux jusqu’à ce que nous, étudiants, éprouvions de doute sur notre avenir professionnel. Ces difficultés étaient et demeurent, entre autres : l’élasticité des années académiques (3 ans pour un même niveau), plateau technique insuffisant à l’hôpital provincial d’Abéché, absence de services spécialisés tels que la pneumologie, la cardiologie, la neurochirurgie, la dermatologie, l’imagerie, la traumatologie, la néphrologie ; fusion des niveaux (1ère et 2e promotions ; 3e et 4e promotions, 5e et 6e promotions en cours).

Le cumul de matières différentes par un même enseignant qui n’a parfois pas le mérite de les enseigner, année académique fictive : le concours d’entrée au sein de ladite faculté pour l’année académique 2017-2018 n’a pas pu être lancé, conséquence, les étudiants qui ont repris leur niveau se retrouvent entre la 1ère et la 3e année sans faire cours car il n’existe pas de 2e année. Ceux de la 3e année qui ont des dettes de matière en 2e année risquent de perdre deux ans par absence de ce niveau, même s’ils parviennent à totaliser 60 crédits en 3e année. Ajoutons aussi qu’il n’existe pas de 6e année pour le moment ; absence totale de chronogramme pour un bon déroulement des activités…

Devant cette situation dérisoire constatée en équipement médical, paramédical et en services spécialisés à l’hôpital provincial et aussi le désordre sévissant dans la faculté, l’équipe rectorale précédente a décidé, en concert avec le décanat et le ministère de tutelle, le 27 décembre 2017, un déploiement des étudiants de la 5e année en médecine à N’Djaména pour le restant du cursus. Cette décision stipule aussi que les étudiants, une fois en phase de thèse de fin de formation, doivent regagner Abéché pour la soutenance. Pour preuve, les étudiants en 7e année sont actuellement à N’Djaména en conformité avec la décision ci-haut.

Cette initiative a été exaltée par bon nombre de techniciens. Elle est temporaire en vérité mais permettra non seulement que les choses aillent vite mais aussi d’éviter un ajournement superflu des étudiants connaissant l’envergure de leur cycle de formation.
Actuellement, une nouvelle équipe détient la gestion de l’université. Certes, elle fait de son mieux dans les facultés voisines, mais elle tâtonne carrément dans la gestion de la Faculté des Sciences de la Santé.

Cet antagonisme entre le concret et le subjectif a conduit à plusieurs assises avec des nombreuses personnalités, mais une lenteur absurde dans la prise de décision est devenue notre quotidien. Le rectorat apparait au début réticent puis, peu à peu, la dissuasion est devenue sa réplique.

L’indifférence administrative et la grogne des étudiants ont conduit fort malheureusement à un mouvement tant évité, celui de la grève, une grève déclenchée depuis le 05 mars 2020 qui jusqu’à nos jours, n’est pas levée car aucun compromis n’a été trouvé. Une grève, en toute sincérité est contraire à la politique de l’épanouissement national et ne fait pas la fierté d’une institution. Mais que faire si le dénouement est détenu par une équipe rectorale puissante qui refuse de voir la réalité en face ?

Concernant la situation de la 5e année actuelle, elle a débuté l’année académique au mois de novembre 2019 qui n’a vu faire que quatre (4) matières des enseignants permanents. Or lors du dernier conseil de faculté ténu entre les membres du décanat, il a été décidé que juste après avoir fini les quatres (4) matières des enseignants permanents, les étudiants seront déployés aussi à N’Djaména pour la suite du cursus qui est marquée beaucoup plus par des stages intensifs dans des différents services que nous n’avons pas sur place.

Maréchal du Tchad,

Nous avons également essayé de tâter les esprits et tenter de comprendre l’indifférence de la plupart de nos administrateurs, expliquer le désintérêt de certains, justifier l’inaction et l’immobilisme de la quasi-totalité des autres acteurs de la communauté universitaire. Nous avons, en outre, constaté un soutien tacite et passif de beaucoup d’enseignants sans pour autant assurer un quelconque rôle dans le mouvement de la grève. En plus, lors des conseils d’administration de la dite université, la faculté des sciences de la santé, sinon le département de médecine est pris pour un cas exceptionnel puisque les maux sont tentaculaires et des mesures exceptionnelles sont alors constamment prises si bien que les conséquences sont très visibles et lourdes pour les étudiants : fusion des niveaux, absence de certains niveaux (2e et 6e année), ajournement inexpliqué (trois ans au même niveau)… mais des rapports bien rédigés occultant ce marasme passent de bureau en bureau et brouillant ainsi les esprits.

Comme les problèmes sont les nôtres, nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous avons écrit plusieurs correspondances à nos administrateurs pour essayer, en commun accord, de trouver des pistes de solution.
Nous avons toujours répondu à leur appel pour le dialogue et émis plusieurs suggestions. Hélas, ils refusent de toucher la partie sensible qui est celle de la solution et pire encore nous accusent de maux de toute sorte.

Comme nous l’avons toujours exprimé, plusieurs conditions nous paraissent déterminantes pour que notre faculté puisse donner l’espoir à ses étudiants.
Il y a, entre autres : l’établissement d’un chronogramme clair et détaillé des cours théoriques à tous les niveaux pour nous permettre d’être dans le timing, le renforcement du nombre d’enseignants permanents pour achever le programme des cours dans un délai raisonnable, synchroniser les stages avec les cours pour une application directe, la création de services spécialisés à l’hôpital provincial d’Abéché, lamélioration du plateau technique qui est très nécessaire pour une bonne formation, autoriser l’accessibilité des étudiant à tout moment à l’hôpital, une cohabitation, le respect et la considération pour les étudiants en formation, mettre en place un comité chargé de suivis des stages académiques.

Maréchal du Tchad, chef de l’Etat,
nous, les étudiants, nous nous inquiétons. Le désarroi nous heurte car notre périple universitaire accusé d’être lent risque de s’éterniser.

De tout ce qui précède, nous déclarons que les problèmes de notre faculté sont purement techniques contrairement à certaines propagandes extravagantes.

Son Excellence, vous êtes le plus indiqué pour nous, malheureusement vous êtes le moins accessible. Nos cris sont assourdis, mais votre voix est la plus suprême, renouer avec cet ennui n’apporte rien de plus à votre épopée puisque vos exploits débordent le compteur.

Nous vous prions de prendre nos mots parmi les priorités de votre agenda car c’est l’espoir de toute une jeunesse que vous encouragez tant. Faites usage de vos prérogatives et agissez dans un esprit de protection car nous sommes déboussolés.

Nous profitons aussi de cette occasion pour vous féliciter pour le titre du Maréchal du Tchad que vous méritez bien.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, Maréchal du Tchad, l’assurance de notre haute considération.

Abéché, le 03 septembre 2020

Les Étudiants en Médecine de l’Université Adam Barka d’Abéché

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