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Niger:«Cellules de Punition ou Mouroir»,Samira dévoile tout

N°2 de 5 articles

Détenus morts des rigueurs des cellules de punition

Il y a quelques mois de cela, le monde entier était scandalisé par les traitements inhumains que les milices libyennes réservaient aux prisonniers migrants. Ce que nous avons découvert à la Prison Civile de Niamey dépasse l’entendement ! Qui peut imaginer qu’un État, ayant le ‘’DEVOIR DE PROTÉGER SES CITOYENS’’ puisse au 21ème siècle entretenir en toute légalité, en dépit de son adhésion aux traités internationaux en matière de protection de la dignité humaine, un système de punition carcéral pouvant engendrer la mort ?

A quelques lieues de nos maisons, les six (6) cellules de punition de la prison civile, instituées dans la gestion du système carcéral colonial, sont aujourd’hui encore opérationnelles et constituent de véritables mouroirs. Rien d’étonnant ! Imaginez un peu un prisonnier indélicat qui commet une faute : pour le punir on l’enferme de force, durant quelques heures, quelques jours et parfois un mois dans un espace d’à peine 1.30 mètre de longueur sur 1.30 mètre de largeur, avec pour seule aération et passage de lumière une petite fente d’à peine 15 centimètres, plus dramatique trois (3) des six (6) cellules ne disposent pas de mini-fenêtres, donc aucun système d’aération malgré les fortes canicules et aucune lueur du jour.

Le summum de la cruauté est que toutes ces cellules sont sans ampoules, elles n’ont pas de sanitaire et pas d’eau. La nourriture est acheminée par d’autres détenus. Quel que soit la durée de la punition, le prisonnier (ère) n’a pas le privilège de mettre le pied dehors, il défèque, urine, dort à même le sol, dans ce petit cube qui ne lui permet même pas d’allonger les pieds. Ces cellules servent d’endroit de punition aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Le 13ème jour de mon incarcération, plus précisément le 23 Juin 2020, une de ces sataniques cellules a entrainé la mort d’un détenu, résident du quartier ‘’Grand-Marché’’ de Niamey. Plus tard, j’ai appris qu’il n’était pas le seul à rendre l’âme en ces lieux. Je choisis délibérément de taire ici le nom du défunt et certains détails. Il est toutefois important de noter que sa famille s’est rendue à la Prison Civile de Niamey réclamer plus de détails concernant les circonstances de cette mort. Avant les faits, la famille était en effet venue à maintes reprises visiter le défunt, mais en vain, car il était au ‘’mouroir’’, lors de chaque visite on leur a fait comprendre qu’il est absent. Nous ne savons pas comment cet incident a été finalement étouffé. Et, le lendemain de cet incident, un autre détenu avait aussi succombé.

Pour comprendre l’immoralité relative à ces traitement en cellule, il faut ici noter que le jour où le détenu cité ci haut a rendu l’âme une trentaine de femmes ont été punies en raison de six (6) femmes par cellule, durant une dizaine de minutes. En ce moment, vers 10h du matin, le détenu déjà mourant a demandé de l’eau à boire, au même moment, il a affirmé être dans la cellule depuis huit (8) jours et quatre (4) jours sans avoir eu droit à une gouttelette d’eau. Malheureusement, la seule petite fenêtre de 15 centimètre ne permettait pas aux femmes également punies de faire parvenir l’eau à sa bouche, surtout qu’il était menotté, les mains au dos. Vers 15h, une vingtaine de prévenues et de détenues allant à une activité carcérale étaient stupéfaites de voir le corps inerte, allongé à même le sol, recouvert d’un drap, les menottes encore aux mains… Ce soir-là l’ambiance était glaciale, elles n’arrêtaient pas de marmonner la phrase du défunt dans laquelle il réclamait de l’eau à boire. Beaucoup de larmes ont coulé, l’émotion était vive, certaines le connaissait et le fréquentaient quand elles étaient à l’extérieur!

Durant mes 48 jours d’incarcération, plusieurs femmes ont séjourné dans ces cellules. Quelques-unes ont gardé des séquelles cutanées, car les lieux sont infestés de cafards, de moustiques, de margouillats. Je peux vous dire qu’au terme de leur punition même celles qui ont passé seulement quelques heures dans une de ces cellules portent l’odeur d’excréments et d’urine, car comme je l’ai cité plus haut il n’y a pas de sanitaire dans ces cellules.

Ces cellules sont positionnées derrière l’allée principale en allant vers la nouvelle infirmerie, juste en face du bâtiment des prisonniers mineurs hommes.

               Samira Sabou.

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