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Tribune : «Couper les réseaux sociaux pour éviter la haine est une fuite de responsabilité» Jean-Bosco Manga

Censurer les réseaux sociaux pour atténuer la haine c’est comme casser le thermomètre pour faire baisser la fièvre…

Dans un passé récent, nos gouvernants annonçaient urbi et orbi qu’ils avaient mis en place un dispositif technologique performant, capable de localiser et de traquer les  »mauvais usagers » des réseaux sociaux. Je ne me rappelle plus du nom de cette énième agence ou institution qui fonctionne aux frais du contribuable mais qui, une fois encore, semble faire partie de ces multiples plaisanteries de mauvais goût, à l’image de Cour Spéciale de Répression Économique qui devait être mise en place pour traquer les détourneurs de fonds sous la 4ème République, mais rien.

Sinon, comment priver massivement des citoyens innocents d’un droit constitutionnellement reconnu et protégé (liberté d’expression, droit à l’information) pendant qu’on prétend disposer des moyens techniques et technologiques appropriés pour traquer et sanctionner les indélicats. Soit!

Mais une chose est claire et incontestable. La prolifération de la haine sur les réseaux sociaux est la triste et réelle expression d’un mal-être, d’un mal-vivre, des frustrations, des injustices sociales et des impunités dans notre société. Nos réseaux sociaux reflètent notre Tchad réel, notre quotidien. Ce sont les cumuls de ces maux qui non seulement ne trouvent pas de solutions mais ne trouvent pas un espace sincère d’expression dans la vie réelle.

Dans ce monde qui avance, qui se globalise comme un village, doit-on continuer au Tchad à s’accommoder de la solution la plus facile en coupant les réseaux sociaux pour résoudre des problèmes ancrés dans les cœurs et les comportements?

Que faire des cœurs lourdement meurtris et des dérapages comportementaux observés au quotidien dans notre société si on prétend trouver la solution simpliste en censurant juste les réseaux sociaux ? Et cela se fera pendant combien de temps ?

Avions-nous des initiatives et des actions concrètes pour désarmer et apaiser les cœurs meurtris parfois et même souvent par les égarements de nos gouvernants ? Que faisions-nous pour que les citoyens aient un accès équitables aux ressources communes du pays et l’accès aux services publics sans discrimination? Que faire pour rectifier le clientélisme, la corruption et le favoritisme dans l’accès aux postes stratégiques et les nominations ? Qu’est-ce qui se fait pour occuper ces jeunes désœuvrés qui n’ont pas les moyens pour s’épanouir et qui ne trouvent que les réseaux sociaux pour exprimer leur ras-le-bol? Comment faire pour reconnaître l’utilité des citoyens et surtout des jeunes au-delà des élections ? Aviez-vous pensé à équiper et rendre utiles les Espaces Culturels et les Maisons de Culture existants pour initier des échanges conviviales et apprendre des débats contradictoires aux jeunes, sur le terrain ? Se contenteront-ils toujours des Bureaux de Soutiens et des QG de Campagne pour ne profiter que des miettes? Que fait-on pour ne pas laisser les bars et les débits de boissons être les seuls endroits où l’on peut  »perdre son temps » et  »tuer ses soucis ? Existe-t-il des loisirs sains autour des valeurs sociales, culturelles, républicaines pour renverser la tendance  de ces maux qui gangrènent le vivre-ensemble?

Je crois que si on essaye de répondre à ces préoccupations, on réussira à déplacer un peu l’espace du débat virtuellement biaisé sur le vrai terrain, à visage humain et de façon réaliste afin de chercher les vraies solutions. Cette façon de couper les réseaux sociaux pour empêcher aux citoyens de s’exprimer sans des vraies solutions alternatives aux causes profondes du mal-être et du mal-vivre ensemble n’est que peine perdue. C’est comme casser le thermomètre pour espérer faire baisser la température. C’est comme l’Autriche qui, pour éviter les obstacles, enfonce sa tête dans le sable.

Une réflexion de Jean-Bosco Manga

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