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Opposition. Élections en Russie : la percée du vote contestataire

La participation très faible – autour de 20 % en moyenne – indique aussi que les consignes d’abstention ou de vote nul ont été suivies par les sympathisants de l’opposition. À l’assemblée municipale de Moscou, où 45 sièges étaient à pourvoir, Russie unie perd 13 sièges par rapport à l’assemblée sortante et n’en remporte que 26, le Parti communiste gagne 13 sièges, Russie juste en obtient 3 et le Parti démocratique Iabloko 3 également.

La veille du scrutin du 8 septembre, les leaders de l’opposition ont adressé à leurs partisans des recommandations pour le vote. Ils ont donné diverses recettes, qui tournaient toutes plus ou moins autour des notions de vote “intelligent” ou “moral”. À la fin de la journée, les taux de participation à Moscou et à Saint-Pétersbourg se sont révélés traditionnellement bas. Cela montre sans doute que les électeurs soutenant l’opposition ont opté pour la facilité en ne tranchant pas les termes de ce long débat préélectoral.
Alexeï Navalny s’est adressé aux électeurs la veille du scrutin, malgré la règle du “silence médiatique”, pour les exhorter à soutenir son “vote intelligent” [qui consistait à voter pour n’importe quel candidat hormis celui du pouvoir].

Ne renoncez pas à votre droit au pouvoir. Utilisez ce droit avec intelligence. C’est notre première expérience d’action collective concertée. La stratégie du pouvoir en place consiste à écraser notre volonté et à cultiver l’impuissance. Participer demain au ‘vote intelligent’, c’est faire un pas vers la structuration d’un mouvement”, a-t-il déclaré dans son appel vidéo.

Le leader d’Initiative citoyenne, Andreï Netchaev, a donné lui aussi sa méthode. Dans sept circonscriptions de Moscou, on pouvait selon lui soutenir, avec quelques réserves, des candidats issus du Parti démocratique Iabloko [opposition antisystème]. “Dans les autres circonscriptions, il est préférable de rayer tous les candidats en les remplaçant par les noms de candidats issus de l’opposition démocratique dont la candidature a été rejetée. Ces bulletins seront comptabilisés comme nuls et montreront au pouvoir l’étendue du vote contestataire”, a expliqué Netchaev.

Dmitri Goudkov, leader du Parti du changement [de l’opposition hors système], a déclaré que l’opposition ne reconnaîtrait sans doute pas la légitimité de la nouvelle Douma de Moscou. Il a souligné également que “de la manière dont ces élections se déroulent” dépendrait “l’avenir du système”. “Si le pouvoir perd des voix, la tactique d’intervention musclée des forces de l’ordre devra être reconnue comme inefficace”, a-t-il lancé, laissant ouverte l’hypothèse du succès de la tactique de Navalny.
Le fondateur du parti Iabloko, Grigori Iavlinski, a quant à lui relevé que dans un certain nombre de circonscriptions de la capitale les électeurs avaient la possibilité de voter pour des candidats de Iabloko. Dans les autres, il a indiqué qu’il fallait soutenir uniquement les candidats qu’on connaît et en qui on a confiance. Pour ce qui est des candidats issus des partis siégeant déjà à la Douma d’État [parti au pouvoir Russie unie, parti d’extrême droite LDPR, Parti communiste, parti Russie juste], Iavlinski a invité les Moscovites à rayer leurs noms.

De nombreux signalements de fraudes

L’opposition a également donné des consignes de vote à Saint-Pétersbourg. Le député du conseil municipal de la capitale du nord, Boris Vichnevski, étiqueté Iabloko, a appelé ses partisans à voter en conscience, car “comme le démontre la pratique, c’est le choix le plus intelligent”. Il a rappelé une fois de plus qu’aux élections des gouverneurs, le mieux était de rayer les bulletins en signe de protestation, tandis qu’aux municipales il y avait de nombreux candidats du parti Iabloko, ou des candidats “dignes de confiance”.

Il est à noter qu’à Saint-Pétersbourg l’opposition a su mobiliser des observateurs. Le directeur de campagne de Iabloko, Maxime Katz, a indiqué que le parti avait envoyé 698 observateurs dans 498 bureaux de vote. De même, le leader de l’Union des démocrates, Andreï Pivovarov, a affirmé que son parti avait formé 1 652 observateurs.
Durant toute la journée du 8 septembre, à Saint-Pétersbourg, se sont succédé des signalements de fraudes. Le QG de Navalny a ainsi dénoncé des cas d’usage de la force, de pressions lors du vote, d’achats de voix et de tout un éventail de manquements administratifs. L’opposition affirme qu’à Moscou aussi des fraudes ont été observées.

L’appel au “vote intelligent” semble avoir porté ses fruits

En un mot, pour cette journée électorale, l’opposition est revenue à son occupation favorite : l’élaboration de sa “carte des fraudes”. Lorsque cette activité prend de l’ampleur, c’est généralement le signe que les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes. Et en effet, il semblerait qu’à Saint-Pétersbourg le vice-gouverneur Alexandre Beglov n’aura finalement pas besoin de second tour.

Pour l’heure, les résultats des municipales ne sont pas publiés et pourraient encore donner la victoire à l’opposition. En ce qui concerne Moscou, l’appel au “vote intelligent” de Navalny semble avoir porté ses fruits.
Alors qu’à Saint-Pétersbourg la participation dépasse à peine 20 %, et qu’elle pourrait être encore plus basse à Moscou, on peut en conclure que les électeurs contestataires ont massivement choisi de ne pas départager les votes “intelligents” et “moraux” et préféré simplement ne pas se rendre aux urnes. Cependant, ceux qui se sont déplacés ont eu une influence non négligeable en choisissant le vote contestataire.

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