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Discrimination:En Inde,Sidis, ces descendants d’Africains ostracisés

Un photographe indien s’intéresse aux Sidis, ces descendants d’Africains vivant dans l’ouest de l’Inde. Un groupe marginalisé victime du racisme mais qui utilise l’art pour se faire connaître et reconnaître. Le récit du site indien Firstpost.
Quand, en 2014, le photojournaliste Sanjay Austa se rend pour la première fois dans le district de Junagadh, dans l’État du Gujarat, un État de l’ouest de l’Inde afin de faire des recherches sur les Sidis, il est frappé par le peu d’intérêt qu’ils manifestent à l’égard de leurs racines africaines. Lorsqu’il pose des questions sur leurs origines, ils changent systématiquement de sujet pour aborder les difficultés qui pèsent aujourd’hui sur leur communauté.
Ils ne répondaient jamais à mes questions sur l’Afrique. L’un d’eux était très remonté contre la décision de 2013 de la Cour suprême qui avait ordonné le déplacement de lions asiatiques de la forêt de Gir vers l’État du Madhya Pradesh. Ils craignaient pour ces lions à cause du braconnage qui sévit dans cette région, relate Sanjay Austa. L’Afrique était le cadet de leurs soucis.”
Descendants d’esclaves
D’après le livre Indians of African Origin écrit par D.K. Bhattacharya [université de Delhi, 1970, inédit en français], la présence des Sidis dans le sous-continent remonterait au XIIe siècle, lorsque le commerce d’esclaves était chose courante entre l’Afrique et les côtes ouest de l’Inde. Mais à en croire le recensement de 1931, les Sidis seraient arrivés avec les marchands arabes et portugais à la fin du XVIIe siècle.Beaucoup d’esclaves africains étaient alors “amenés par des marchands pour être exploités et vendus”, écrit Bhattacharya. Au fil des années, nombre de ces esclaves “furent affranchis et s’établirent dans l’État du Gujarat”. Les archives et documents suggèrent que parmi les communautés afro-indiennes, les Sidis “se sont démarqués et se sont révélés des marins et des soldats hors pair et audacieux”. Les choses ont néanmoins bien changé.
Comme les autres Indiens
La plupart des Sidis, surtout au Gujarat, vivent dans des conditions précaires et souvent en marge de la société. Alors que leurs ancêtres avaient réussi dans le commerce, les Sidis d’aujourd’hui en sont réduits à survivre au jour le jour. Ils ont souvent été regardés comme des bêtes curieuses. Mais peu leur importe.Après avoir assisté à plusieurs de leurs spectacles de danse, Sanjay Austa a décidé d’entamer un projet photographique avec eux. Il explique :
Leur accent, leur culture, leurs coutumes… Ils ne sont pas différents des autres Indiens. Rien ne m’avait préparé à ça. Je les connaissais un peu à travers mes lectures et je les avais vus danser. Alors que je traversais Junagadh, je suis tombé sur un de leurs villages. J’ai tout de suite été fasciné et j’ai décidé d’étudier leur culture.”
Sanjay Austa s’est attaché à leur vie quotidienne et au fonctionnement de leur communauté plutôt qu’à leur apparence.
Grande disparité régionale
Avec la colonisation portugaise et britannique puis l’abolition de l’esclavage, les Sidis se sont dispersés sur les côtes ouest de l’Inde pour s’établir au Gujarat, au Karnataka, dans l’Andhra Pradesh, au Maharashtra et au Kerala.Avec le temps, ils ont si bien adopté la culture locale qu’ils ne se distinguent plus guère que par leur apparence physique : peau noire, cheveux frisés, nez retroussé et lèvres épaisses, décrit le photographe. Il précise :
Il y a autant de diversité dans la communauté sidi que dans le reste de la population indienne. Les religions, langues et cultures ne sont pas les mêmes.”
Par exemple, les Sidis du Maharashtra sont généralement chrétiens alors que ceux du Gujarat sont musulmans ou hindous. En 2013, on recensait près de 70 000 Sidis dans l’ouest de l’Inde.
Exclus de la communauté nationale
Les photos de Sanjay Austa illustrent les difficultés qu’ils doivent surmonter. Depuis longtemps, ils vivent dans une extrême pauvreté. Dans les villages, la plupart sont fermiers ou ouvriers agricoles.En ville, ils occupent des postes de chauffeurs ou d’agents de sécurité. Si les paysans doivent lutter contre le manque d’eau, les mauvaises récoltes ou la sécheresse, le plus grave pour les Sidis reste la discrimination.Comme l’explique Sanjay Austa :
Tout va bien du moment qu’ils demeurent dans leur région d’origine. Mais dès qu’ils s’aventurent au dehors, ils sont traités comme des Africains et souffrent de racisme. Un juge a notamment refusé de croire un Sidi qui affirmait être un Indien originaire d’un petit village du Maharashtra.”
Des danses d’inspiration bantoue
Récemment, les Afro-Indiens ont trouvé des moyens de s’accommoder du racisme, à défaut de l’éradiquer. Ils ont mis au point leur propre forme artistique : des chorégraphies intégrant cracheurs de feux, gymnastique et danse au rythme de tambours.Leur musique rappelle fortement celle des Bantous, une ethnie d’Afrique du Sud-Est dont les Sidis se revendiquent d’ailleurs.Les invitations aux foires et festivals locaux et régionaux se multiplient. Partout, on veut les voir exécuter sur scène la “danse africaine”.Sanjay Austa explique :
Ils en tirent profit. Le public pense qu’ils sont Africains alors ils jouent le jeu pour se faire embaucher par des hôtels. Ils sont très pauvres et ils n’ont pas le choix. À part leurs récoltes, c’est leur seul moyen de subsistance. Personnellement, je ne vois pas où est le problème.”
Entre-soi communautaire
La communauté sidi a toujours vécu en marge de la société par peur de la discrimination. C’est pourquoi ils préfèrent se marier entre eux – ce qui explique la ressemblance avec leurs ancêtres.Le 8 janvier 2003, le gouvernement indien a ajouté les Sidis à la liste des tribus répertoriées dans les districts d’Amreli, de Bhavnagar, de Jamnagar, de Junagadh, de Rajkot, de Surendranagar (Gujarat) et d’Uttara Kannada (Karnataka) ainsi que dans certains districts du Goa et du territoire de Daman et Diu. Des activistes demandent que ce statut soit étendu à l’ensemble du Karnataka.Sanjay Austa espère que des projets comme sa série de photos et d’autres travaux documentaires permettront à la communauté sidi d’être reconnue et acceptée.
Ils constituent une minorité raciale. Étant donné qu’ils vivent principalement en zone rurale, il existe très peu d’informations à leur sujet. Heureusement, ces initiatives vont leur apporter plus de visibilité”, se réjouit-il.
Quant à l’avenir, le journaliste reconnaît que leurs conditions de vie sont étroitement liées aux changements socio-économiques de la région. Et au vu de la situation actuelle, une amélioration pourrait prendre du temps.

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